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Travailler ensemble pour plus d’équité en santé

PORTRAIT DE MEMBRE

Entrevue : Dre Mylène Drouin, Directrice régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal  

Interrogée sur les facteurs de succès qui facilitent le travailler ensemble intersectoriel et qui contribuent à bâtir des partenariats ayant de l’impact, Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (DRSP), constate qu’à Montréal, les partenariats développés pour répondre aux enjeux complexes de santé, sont basés sur la confiance et l’engagement mutuel. Au fil des années, ces dynamiques ont facilité la réalisation d’actions concertées pour plus d’équité. 

« L’environnement actuel est complexe et pour prendre des décisions éclairées, il est important d’être bien être entouré. À Montréal, nous avons la chance d’avoir plusieurs partenariats basés sur la confiance mutuelle et l’engagement. Avec le temps, nous avons appris à bien travailler ensemble et à pratiquer le leadership partagé. »

– Dre Mylène Drouin, Directrice régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal  

 

Une mission qui ne peut se réaliser qu’avec la mise en commun des forces  

La DRSP est consciente que la réalisation de sa mission – de veiller à la santé et au bien-être de la population, de manière adaptée et accessible, dans l’optique de lutter contre les inégalités – ne peut pas se faire seule. Plusieurs exemples démontrent qu’avec la mise en commun des expertises et des leviers détenus par différentes organisations, des solutions plus inclusives, créatives et adaptées aux besoins émergent et sont mises en place. 

C’est pourquoi la DRSP concentre ses efforts à investir différents espaces et moyens pour décupler les forces individuelles et ainsi, travailler ensemble à obtenir des gains structurants plus grands pour la société. Ils peuvent prendre la forme de changements dans les mesures et politiques publiques, les programmes ou les attributions budgétaires qui visent à soutenir la lutte contre les inégalités sociales sur l’île. 

 

Perspective sur les ingrédients clés d’un travailler ensemble intersectoriel réussi  

À travers les expériences, les défis et les succès partenariaux vécus à la DRSP, quelques ingrédients clés d’un travailler ensemble intersectoriel réussi, prennent forme : 

    1. Développer une vision commune
      S’entendre collectivement sur la finalité, en mettant de côté les agendas individuels, pour développer une vision commune. 
       
    2. Identifier des cibles concrètes à atteindre
      S’assurer que les cibles sont définies collectivement et sont mesurables afin de pouvoir évaluer les impacts des décisions et des actions détient une force mobilisatrice. 
       
    3. Rédiger un plan d’action co-défini
      Définir ensemble le choix des actions les plus porteuses, tout en restant ouverts et flexibles dans la réalisation en tentant compte de l’expertise des différents partenaires. 
       
    4. Exercer un leadership partagé
      Décider ensemble des solutions au croisement des perspectives et y investir conjointement des ressources afin de les réaliser. L’engagement de chacun, face à la responsabilité collective, est un grand atout d’un leadership partagé réussi. 
       
    5. Choisir ses partenaires pour crédibiliser le partenariat 
      Le choix des partenaires revêt d’une grande importance pour la crédibilité d’un partenariat. D’une part, pour la complémentarité des expertises et des apports de ses membres dans sa recherche de solutions, mais aussi dans l’optique de crédibiliser les travaux du partenariat et d’intéresser de nouveaux partenaires pertinents qui viendront renforcer les efforts d’influence des décideurs. 
       
    6. Se laisser le temps de bâtir la confiance mutuelle
      Bâtir de la confiance au sein d’un partenariat prend du temps, tout comme la résolution des enjeux sociaux sur lesquels travailler ensemble. Cela demande de la ténacité et de la patience pour amener ces partenariats à un certain degré de maturité. Toutefois, sur le long terme, ces efforts se résolvent souvent en gains structurants pour la population (ex. changement dans une Politique).  
       
    7. Impliquer et engager la population concernée par les enjeux ciblés par la concertation
      Afin de mieux contextualiser les données et les concepts développés autour d’enjeux ciblés, il est important d’impliquer et d’engager la population concernée dans le processus afin de réaliser des actions pertinentes qui répondent aux besoins.

À Montréal, l’historique de concertation entre les acteurs sociaux permet d’avancer dans un climat de confiance mutuelle qui s’est construite à travers les multiples occasions de dialogue et les projets réalisés au fil des années qui ont menés à des succès collectifs. 
 

Des succès montréalais en leadership partagé  

L’initiative montréalaise de soutien au développement social local 

Montréal compte plusieurs exemples de partenariats intersectoriels pratiquant le leadership partagé qui connaissent du succès. Par exemple, le modèle partenarial de L’initiative montréalaise de soutien au développement social local, reconnu et étudié mondialement, repose sur une entente tripartite (DRSP, Centraide du Grand Montréal et Ville de Montréal) tant au niveau de la reconnaissance des fondements du modèle, que de la création des plans d’action communs et du financement. 

Malgré les défis du leadership partagé, les résultats de cette approche sont concluants et stimulent plus de cohérence et de synergies avec les milieux, tant institutionnels que communautaires, afin d’imaginer et de mettre en œuvre des solutions collectives plus créatives, au croisement des savoirs et des leviers de chacun. 

Ensemble, ils agissent à améliorer la qualité de vie en stimulant le pouvoir d’agir des communautés et en leur donnant la capacité de se mobiliser et de travailler ensemble sur des enjeux spécifiques et des besoins locaux. Dre Drouin note toutefois qu’il est important de poursuivre ce travail afin de créer plus d’équité entre les quartiers dans leur capacité d’agir et de mobiliser leurs ressources dans leur communauté. 

Vivier de collaborations, la DRSP souhaite poursuivre ses efforts dans son soutien aux mobilisations intersectorielles régionales et locales, tout en s’investissant davantage dans la co-construction de plans d’action et d’élaborer des engagements conjoints sur les déterminants de santé.  

 

Montréal, la première ville canadienne à avoir un plan d’action concerté avec Montréal, sans sida 

Montréal sans sida est un autre exemple de travail partenarial entre DRSP, Ville de Montréal et la Table des organismes communautaire montréalais de lutte contre le sida. Ce dernier a mené Montréal à faire le choix, en 2017, de devenir la première ville canadienne à rejoindre le réseau international des Villes sans sida et de se fixer des objectifs ambitieux afin d’enrayer l’épidémie localement.  

À la suite de la signature de la Déclaration de Paris, une grande consultation a conduit à la construction conjointe du Plan d’action 2019-2020 en impliquant des membres des communautés clés, des soignants, des organismes communautaires, des chercheurs et des professionnels de la santé publique et du milieu municipal. Le croisement des expertises et des expériences ont permis de révéler la diversité des besoins des communautés concernées, ainsi que des pistes d’avenir partagées sont reflétées dans ce plan. 

Première rangée : Sonia Bélanger, présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Mylène Drouin, coprésidente de Montréal sans sida et directrice régionale de santé publique de Montréal, Valérie Plante, mairesse de Montréal, Sandra Wesley, coprésidente de Montréal sans sida et déléguée de la Table des organismes communautaires montréalais de lutte contre le sida, et Sarah-Amélie Mercure, Direction régionale de santé publique de Montréal. Rangée arrière: Ghayas Fadel, ministère de la Santé et des Services sociaux, Horacio Arruda, directeur national de santé publique, Rosannie Filato, Ville de Montréal, Sterling Downey, Ville de Montréal, et Pierre-Henri Minot, coordonnateur de Montréal sans sida.

D’autres partenariats pour la sécurité alimentaire, le mieux-être des enfants et les saines habitudes de vie 

D’autres partenariats ont aussi été constitués sur le modèle de leadership partagé entre des acteurs de divers secteurs, tels que le Conseil système alimentaire montréalais qui œuvre à donner un accès à une alimentation saine et lutter contre l’insécurité alimentaire, Montréal physiquement active qui travaille sur l’aménagement du territoire pour le rendre plus accessible à l’activité physique et Horizon 0-5, qui met ensemble des leviers et maille des actions avec la Politique de l’enfant de la Ville. 

Évolution du rôle dans la DRSP dans l’influence des politiques publiques  

« La DRSP joue un rôle de locomotive dans l’influence des politiques publiques sur les enjeux sociaux et de santé. En effectuant des enquêtes, qui sont partagées et contextualisées avec les acteurs et les populations concernées, nous ouvrons le débat à la voix des groupes touchés, qui, à leur tour, influencent les décisions publiques par leur mobilisation. » 

 

Des pratiques collaboratives autour des enquêtes   

La qualité et l’utilité des enquêtes de la DRSP (ex. TOPOEQDEM, etc.) ont été reconnues par les acteurs du milieu social lors de la grande rencontre des membres du FRDSÎM « Renouveler les espaces de dialogue pour des décisions inclusives », comme étant essentiels à leurs efforts d’influence des mesures et politiques publiques.  

Pendant plusieurs années, la DRSP a privilégié prendre position dans des actions d’influence pour faire avancer une mesure ou une politique publique qui touche le développement social. Cette approche a offert des résultats, mais il a été remarqué que les avancées découlant de processus d’influence collaboratifs sont plus grandes pour la société. 

Visant à mieux incarner la valeur de collaboration, un de ses piliers stratégiques, la DRSP a saisi l’opportunité de concertation que représentait le lancement des dernières données d’enquêtes populationnelles pour asseoir les acteurs du milieu autour d’un sujet afin d’intégrer leurs perspectives et ainsi, élaborer des positions plus éclairées et adaptées aux contextes montréalais diversifiés. 

 

Population-partenaire : entendre, intégrer et porter la voix des populations concernées  

L’organisation œuvre aussi à développer et à renforcer ses approches de concertation en les rendant plus inclusives des populations touchées par les problématiques. La notion de Population-partenaire, qui représente un des axes de la DRSP, se déploie de plusieurs manières.  

D’une part, la notion de Population-partenaire permet d’intégrer l’expertise et le vécu des usagers afin d’adapter ses décisions et ses actions en regard de ces données contextualisées. D’autre part, ce travail permet aussi de rapprocher les professionnels de la DRSP des communautés touchées par les problématiques afin de trouver de nouvelles pistes d’intervention qui ne seraient pas apparues sans ces échanges. 

Les informations récoltées lors de ce processus deviennent ainsi des leviers importants lors des efforts d’influence des mesures et politiques publiques : en portant la voix des groupes vulnérables dans ses dossiers et sur la place publique, la DRSP intéresse les décideurs, fait évoluer l’opinion publique et permet de mobiliser les populations visées autour des solutions. 

Par exemple, lors d’une étude des freins à la participation sociale des aînés, les consultations ont permis de déceler que le climat rigoureux montréalais était un frein important et qu’il devait faire partie de l’équation. Ainsi, pour bonifier son plan de réponse aux aléas climatiques, la DRSP a sollicité ses partenaires pour mener des actions visant à repérer et rejoindre plus efficacement les groupes vulnérables, incluant les aînés, lors de canicules ou d’autres évènements climatiques extrêmes.  

 

Des inégalités dans la capacité des quartiers à se mobiliser  

Le soutien à la concertation et à la mobilisation locale est important, si l’on souhaite veiller à créer plus d’équité entre les quartiers à l’échelle de l’île. La taille et maturité des écosystèmes sociaux varient selon les quartiers, ce qui influence leurs capacités à mobiliser les acteurs et la communauté pour, entre autres, répondre à des appels de projets afin de renforcer leur offre de services à la communauté. 

Il paraît essentiel que chaque quartier soit doté de lieux forts pour réfléchir collectivement et trouver des solutions ensemble, adaptées au contexte et qui permettraient de renforcer le développement des compétences locales. Cependant, il semble que ce ne soit pas encore le cas. 

Comment pouvons-nous collectivement mieux tenir compte des enjeux d’équité entre les quartiers et les Tables dans leur capacité à animer et mobiliser les acteurs autour des déterminants sociaux de la santé afin que chacun puisse bénéficier de la force du groupe ? C’est une question que Dre Mylène Drouin se pose et aimerait y trouver des réponses. 

Cette question d’actualité mérite que nous nous y attardions, car comme nous le croyons aussi au Forum, c’est par l’échange de perspectives que l’intelligence collective s’active pour trouver des solutions aux enjeux, ce qui permet de contribuer plus efficacement à un développement de Montréal plus juste et équitable. 

 

6 novembre 2019|