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L’art de s’associer

PRÉAMBULE   

« Dans une société démocratique, les hommes peuvent se perdre au lieu de se voir.   Il faut donc, pour que les hommes s’humanisent, parvenir à développer l’art de s’associer. »   

– Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1840.  

 

La nouvelle année voit se déployer, dans de nouveaux contextes, des enjeux tenaces, voire « chroniques », du développement social, qui appellent de nouvelles réflexions et réponses, mais aussi tout un travail de réactualisation du pouvoir d’agir collectif.  

Ce travail incite les groupes œuvrant au développement social, souvent confrontés aux préoccupations de gestion, à déplacer le centre d’intérêt de la recherche de moyens, à la recherche du sens. Il repose sur la concertation et la mobilisation sociales, la constitution de partenariats, le croisement des compétences, bref sur un savoir-faire associatif, mais surtout sur la conviction qu’au-delà de l’hétérogénéité des perspectives et de la divergence des intérêts, une vision commune peut être bâtie et que celle-ci est un levier de la transformation sociale et du « mieux vivre ensemble ».  

Dans cette édition du début d’année de Synergir, lisez le récit de la rencontre avec Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal, qui valorise la « solidarité intersectorielle et transversale » et l’aptitude à l’écoute active, celles-ci permettant une association intersectorielle porteuse entre acteurs et actrices du développement de Montréal.     

Des événements en lien avec les enjeux de l’appropriation de l’espace urbain, de la participation citoyenne active, de la mixité sociale, mais aussi relatifs au rôle des éluEs dans la constitution de partenariats sociaux ont attiré récemment l’attention de l’opinion publique. Un groupe d’artistes ayant contribué à la revitalisation du secteur Marconi Alexandra dans le Mile-Ex demande à être considéré comme partie prenante dans les décisions concernant le développement de ce territoire, qui a récemment été choisi comme lieu d’installation par plusieurs entreprises internationales d’intelligence artificielle. Regroupés au sein de l’organisme Nos ateliers, les artistes jouissent de l’appui de Christine Gosselin, conseillère municipale de l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie et responsable de la culture au comité exécutif de la Ville de Montréal. Ensemble, ils tentent de trouver des solutions à la préservation et à la création des ateliers d’artistes. Lisez dans notre rubrique « Parole d’élue » le billet de Christine Gosselin, qui livre sa vision de la mission de développement social de la culture.     

Le contexte actuel des réflexions concernant la réalisation du troisième Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale 2017-2023 (PAGIEPS) nous incite à faire des bilans. Sur quels apprentissages collectifs pourrions-nous prendre appui et quel sera le rôle de la concertation intersectorielle dans le processus de mise en place de solutions aux inégalités sociales ?  

À la suite d’une analyse des processus de mobilisation des acteurs sociaux autour de la mise en œuvre du deuxième plan d’action (2010-2015) dans plusieurs régions du Québec, le Centre de recherche sociale appliquée (CRSA) en partenariat avec Opération Veille et soutien stratégiques (OVSS) élaborent quelques constats dont l’importance de la participation citoyenne. Bien que les acteurs sociaux se soient mobilisés en grand nombre entre 2010 et 2015, la participation des citoyens – tels que les personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale – a été faible.  

Source de légitimité, la participation citoyenne contribue à la pertinence des politiques publiques ainsi qu’à leur adéquation aux besoins et aux aspirations de la population. La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, autour de laquelle s’articulent les plans d’action, stipule que les actions prises pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale « doivent permettre la mobilisation d’intervenants représentatifs de la collectivité québécoise », dont les organismes communautaires, mais aussi les citoyens. Ainsi, l’association des citoyens et des citoyennes à la mise en œuvre, mais aussi à la conception des politiques et des mesures publiques, revêt une importance renouvelée.     

De même, la manière de concevoir et de mesurer la pauvreté influence les solutions qui y sont apportées. La répartition de l’enveloppe financière dans cadre du PAGIEPS 2017-2023 débouche sur la question du seuil officiel de la pauvreté. Celui-ci est calculé à l’aide de la mesure du panier de consommation (MPC) qui vise la couverture des besoins de base. La MPC est révisée systématiquement et ajustée en fonction du Guide alimentaire canadien, des besoins de logement ou des transformations technologiques. Toutefois, elle permet à peine d’envisager une sortie de la pauvreté. D’ailleurs, Statistique Canada procède en ce moment à une vaste consultation autour de la mesure du panier de consommation, consultation permettant aux participants de s’exprimer sur la viabilité des montants indiqués, mais aussi de formuler des commentaires sur des questions plus ciblées.     

Finalement, la rubrique « Une question, mille réponses » de l’actuelle édition de Synergir offre la parole à Chrystiane Meilleur, directrice générale de Pause Famille à Ahuntsic, qui parle de sa contribution au développement social. Les organismes de soutien à la famille, souvent encore peu connus, contribuent à la reconstitution du tissu social, ce qui profite particulièrement aux personnes déracinées, en plein processus d’adaptation à une nouvelle société, mais aussi aux jeunes familles aux prises avec un rythme de vie en accéléré.   

En 2019, continuons à cultiver l’art de nous associer, une posture indispensable à la construction de nouveaux espaces de reconnaissance sociale et à la poursuite de partenariats.   

Que cette année soit remplie de belles éclosions de solidarité intersectorielle vécue à travers des projets inspirants et des rencontres stimulantes. 

 

22 janvier 2019|