fbpx

Entrevue : Tabler sur les solidarités existantes en temps de crise, une épopée montréalaise

 

Entrevue avec Madame Nathalie Goulet, responsable de l’inclusion sociale, des sports et loisirs, de la condition féminine, de l’itinérance et de la jeunesse au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Lire l’article Avancées, plans et réalisations en développement social à la Ville de Montréal pour un portrait des projets généraux en développement social à la Ville de Montréal.

Depuis la mi-mars, les enjeux sociaux ont pris de l’ampleur avec la crise sanitaire, ce qui a amené les organisations en lien avec les populations vulnérables à se réorganiser en un temps record afin de rester solidaire des plus démunis. La Ville de Montréal, au cœur de la pandémie, a hautement été sollicitée afin de mettre en place, avec ses partenaires de longue date, les mesures d’urgence. Une représentation éloquente de la valeur du travail concerté.

 

Soutenir les personnes itinérantes en temps de crise : créer des lieux à haut seul d’accessibilité en quelques jours

Sondée sur les dossiers qui ont créé un sentiment de fierté, Mme Goulet nous parle des actions visant à améliorer les conditions de vie des personnes itinérantes, surtout lorsqu’elle constate tout le travail accompli en très peu de temps pendant la crise.

« Dès le début de la crise sanitaire, la Mairesse s’est sentie grandement préoccupée par la situation désespérée des personnes itinérantes. L’état d’urgence a été déclaré en grande partie afin d’être en mesure de leur offrir des milieux de vie décents et de l’aide alimentaire. »

– Mme Nathalie Goulet élue responsable de l’inclusion sociale, des sports et loisirs, de la condition féminine, de l’itinérance et de la jeunesse au comité exécutif de la Ville de Montréal

 

Les mesures de distanciation sociale ont forcé plusieurs organismes d’aide aux personnes itinérantes à réduire de beaucoup leur capacité d’accueil. En partenariat avec le milieu, la Ville a ouvert 21 lieux dans plusieurs quartiers tels que des haltes-répit, des sites alimentaires extérieurs et des cantines mobiles où 2 000 repas ont été distribués quotidiennement. Au-delà de la distribution de nourriture, les personnes en situation d’itinérance pouvaient recevoir sur ces lieux, du support de la part d’un intervenant psychosocial.

750 lits à haut seuil d’accessibilité ont été mis à disposition des personnes en situation d’itinérance. En temps normal, ces espaces à haut seuil d’accessibilité accueillent principalement des personnes en situation d’itinérance qui sont souvent aux prises avec plusieurs problématiques, ce qui nuit souvent à leur acceptation dans les autres centres d’hébergement. Ainsi, elles peuvent être hébergées et sont maintenant plus près des services qui pourraient les aider à sortir de la rue.

Les partenariats de longue date avec la Direction de la santé publique, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et les organismes communautaires ont été très utiles pour agir rapidement et efficacement.

 

Cellules de crise : se mobiliser autour des partenariats existants pour répondre aux besoins d’aide alimentaire ainsi qu’à d’autres enjeux sociaux exacerbés

L’insécurité alimentaire est un enjeu important au cœur des populations vulnérables. Avec la crise, la demande s’est vu augmenter drastiquement et par des personnes qui n’en demandent pas habituellement, tellement que Moisson Montréal a augmenté de 30% les quantités offertes aux organismes et que des Fonds d’urgence ont été créés et gérés de manière agile pour offrir du soutien en moins de 48 heures. La Ville a contribué à plus d’un million de dollars dans le Fonds d’urgence mis en place par Centraide. Par ailleurs, les arrondissements ont créé des fonds d’urgence locaux totalisant près de 2 M$.

Dans l’optique de soutenir les organismes en première ligne de la crise, de nombreux employés de la Ville sont venus prêter main-forte, dès le début de la crise. À titre d’exemple, entre 15 et 20 personnes se rendaient quotidiennement dans les locaux de Moisson Montréal afin de contribuer à l’effort.

 

Des cellules de crises locales

Dans la majorité des quartiers, des cellules de crises locales se sont mises en place facilitant ainsi l’identification des enjeux et la mise en relation des ressources puisque les liens étaient déjà tissés. La composition de ces cellules différait d’un quartier à l’autre.

 

L’ingéniosité des groupes communautaires pour rester solidaire des plus vulnérables

C’est avec la contribution du milieu communautaire, qui n’a cessé d’innover pour favoriser l’entraide et la lutte aux inégalités, qu’il a été possible de répondre aux besoins sociaux urgents, tout en usant d’une grande ingéniosité afin d’adapter leurs services tout en respectant les mesures de distanciation sociale.

De plus, le secteur communautaire a grandement été fragilisé avec la perte massive de ses bénévoles, souvent âgés de 70 ans et plus, qui ont dû rester confinés. Les ajustements ont donc été majeurs, mais grâce à la solidarité qui est au cœur de leur mission, les organismes se sont retroussé les manches pour répondre à la demande. Après ces mois d’efforts soutenus, un essoufflement se fait toutefois ressentir auprès des différents groupes.

 

Le travail intersectoriel et transversal essentiel à la réponse des besoins exacerbés

Les opérations ont aussi été facilitées grâce au travail étroit avec les différents paliers gouvernementaux, le milieu communautaire, les fondations et le travail colossal de l’équipe extrêmement mobilisée du Service de la diversité et de l’inclusion sociale de la Ville. Ainsi, ces collaborations ont permis de s’organiser rapidement pour répondre à la multitude de besoins criants et exacerbés : aide alimentaire, itinérance, isolement, intervention auprès des jeunes, fracture numérique, violences faites aux femmes, traduction des mesures sanitaires en plusieurs langues, etc.

 

Jumeler les perspectives sociales, écologiques et économiques pour la relance montréalaise

Peu avant la présentation de son plan de relance économique, la Ville a annoncé la mise sur pied d’un comité aviseur sur la solidarité sociale pour une relance inclusive qui a pour objectif de réfléchir aux moyens d’effectuer une relance économique, inclusive et verte pour notre ville. Constitué de personnes du milieu communautaire, philanthropique et institutionnel provenant de divers secteurs, ce comité permettra de coordonner les efforts des multiples partenaires sociaux et économiques de la métropole afin de s’attaquer aux inégalités sociales qui ont été exacerbées pendant la crise.

« La relance économique doit se faire avec une approche intersectionnelle et prendre en compte les différents besoins de la population, et ce afin de ne laisser personne derrière. C’est pourquoi il était primordial pour moi de m’entourer de personnes engagées qui agissent au quotidien pour répondre aux nombreux enjeux sociaux vécus par les Montréalaises et les Montréalais »

a déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Le Forum accueille favorablement cette vision intégrée de la relance. Nous resterons à l’affût des avancées et nous vous partagerons notre récolte d’information.

 

29 juillet 2020|